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A poil pour résister avec le collectif Além !

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ARTE Creative

Armés de poils longs, de convictions libertaires et de talents photographiques, les nouveaux hippies feront-ils bouger une société brésilienne empêtrée dans ses contradictions ? Chaque semaine pendant la Coupe du Monde de football, ARTE Creative vous propose une incursion dans la culture contemporaine brésilienne. Le quatrième volet nous conduit de São Paulo à Recife avec le collectif Além dont les photographies explorent la nudité, la pilosité, la tendresse et le genre. Un travail politico-poétique sur des sujets souvent tabous, dans une société où le corps est pourtant surexposé.

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©Além

Immense friche industrielle à Recife, dans le Nordeste du Brésil, Estelita est le théâtre d'une bataille féroce depuis des mois : d'un côté, des promoteurs qui veulent ériger sur ce quai un alignement de douze tours gigantesques ; de l'autre, des citoyens soucieux de sauvegarder un site historique qui concourt à l'identité visuelle de la ville. Le mouvement Ocupe Estelita a connu un retentissement national et reçu le soutien de nombreux artistes qui, traditionnellement au Brésil depuis les années de dictature, participent au débat politique. Des musiciens réputés (Otto, Karina Buhr, Siba) s'y sont produits devant plusieurs milliers de personnes ; des dizaines de graffeurs en ont investi les murs. Mais c'est le collectif Além qui a récemment marqué les esprits en publiant une série de photographies captées dans les wagons abandonnés d'Estelita : elles exposent la nudité comme un acte de résistance.

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©Além

Dans une société où le corps est surexposé (dictature de la beauté, publicités sexualisées, bimbos starisées, etc.), les valeurs restent paradoxalement conservatrices, notamment sous le poids du catholicisme et des églises évangéliques. C'est dans ce contexte que deux jeunes photographes de São Paulo, Nubía Abe et Mateus Lima, ont fondé en 2013 le collectif Além (« Au-delà de », en portugais). Mateus explique : « Notre société est machiste, homophobe, raciste et transphobe. Nous ne pouvons pas profiter pleinement de notre liberté sexuelle. Nubía et moi éprouvions le désir de travailler sur ces questions taboues. C'est ce que nous qualifions d'art politico-poétique, dans la mesure où nous abordons des thèmes que nous jugeons importants socialement et que nous tentons de le faire avec des images agréables aux yeux.

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©Além

Leur premier projet, PELOS PELOS, s'intéressait à la pilosité : les poils au naturel et assumés, plutôt que cachés ou rasés comme le veulent les normes imposées – aux femmes surtout – par le machisme et le consumérisme. « Nous ne disons pas qu'il faut absolument conserver ses poils. Ce que nous défendons, c'est la liberté de chacun de disposer de son propre corps », justifient Nubía et Mateus. Sur leurs photos, des pubis en friche et des aisselles touffues, de la moustache et du poil aux pattes ; surtout, des jeunes gens très beaux comme ça. De la même manière, articulant textes et photographies sur son site, Além explore la question du genre (transsexualité, travestisme...) ainsi que celle de la tendresse, que ce soit dans le couple, en groupe, en famille ou entre amis.

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©Além

Plus ou moins exposée selon les thématiques, la nudité désexualisée devient l'élément central lors des expériences collectives organisées tantôt en ville ou en pleine nature. « Il s'agit d'ateliers au cours desquels nous débattons de la nudité dans les productions photographiques et de la relation des participants à la nudité dans leurs propres vies. Puis chacun expérimente le fait de se retrouver nu en compagnie d'autres personnes qui, souvent, leur étaient inconnues auparavant. » Ces rencontres ont parfois valeur de thérapie pour ceux qui racontent ensuite leur ressenti sur le site d'Além : « Nous avons coloré l'espace et créé des images non seulement captées par les objectifs, mais surtout au plus profond de nous » (Camila) ; « Si chaque individu pouvait avoir cette occasion de s'exprimer, de se voir, de se sentir, les choses commenceraient à changer » (Fabiana) ; "C'est même difficile de remettre des vêtements ensuite... cette sensation que le corps se sent lourd" (Rebeca).

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©Além

Armés de poils longs, de convictions libertaires et de talents photographiques, les nouveaux hippies feront-ils bouger une société empêtrée dans ses contradictions ? Quelques jours après l'intervention d'Além à Recife, la police a violemment évacué les occupants d'Estelita. Il faudra encore attendre pour connaître un Brésil peace & love.

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©Além

Un texte d’Eric Delhaye

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