Art Hack Day Disnovate

Art Hack Day Paris : 48h de créativité !

Portrait de st-creative@arte.tv
ARTE Creative

Le Art Hack Day s’organise pour la première fois à Paris ! Du 28 au 30 août 2014, plus de cinquante artistes et hackers, parmi lesquels Cécile Babiole, Maxime Marion ou encore le collectif d’artistes G.U.I, développeront pendant 48h de nouveaux projets artistiques autour d’un discours critique sur l’innovation permanente. Au terme de cet événement, le public sera convié à une soirée de clôture et à une exposition temporaire à l’école Parsons-Paris

Cette année l’événement est organisé par l’artiste-hacker Benjamin Gaulon a.k.a Recyclism. Il revient pour nous sur sa pratique artistique et nous explique en quoi consiste l’événement.

ARTE Creative : Qu’est-ce que le Art Hack Day ?
Benjamin Gaulon : C’est un projet qui a commencé à New York il y a quelques années, l’idée c’est de mélanger des artistes et des hackers pendant 48h. Durant cette période les participants vont travailler sur des projets en lien avec un thème donné, pour aboutir à une exposition temporaire. Cette année, notre thème c’est DISNOVATE, Disruptive Innovation : l’idée d’une critique du discours d’innovation "Californien" lié aux technologies.

Pourquoi avoir choisi ce thème ?
Ce thème fait suite à une résidence que Nicolas Maigret a faite l’année dernière à Parsons. Cette année, Nicolas est l’un des deux commissaires invités du festival accès(s) à Pau. Nous avons imaginé un évènement qui puisse être prolongé au festival accès(s) (l’exposition se tient du 7 octobre au 6 décembre et le festival du 13 au 16 novembre à Pau) : certains projets du Art Hack Day seront présentés au festival. C’est une sorte de pré-festival qui permet d’aborder un thème intéressant, critique et motivant.

Comment l’événement va-t-il se dérouler ?
Les participants vont former des groupes de façon organique en fonction des envies, des affinités et des projets imaginés autour du thème proposé. Ça se passe de façon anarchique, c’est ce qui créé des dynamiques et des énergies intéressantes. Nous, en tant qu’organisateurs, nous fournissons un espace de travail, du matériel, à boire et à manger. Mais ce sont les participants qui vont créer toute la dynamique de l’événement par leur motivation et leurs idées.

Le Art Hack Day semble reprendre des codes des "Game Jam" et des "Hack-aton", pourquoi avoir choisi ce format ?
Ce qui est intéressant dans ce type de format c’est que c’est rapide et intense, ça permet d’aller à l’essentiel et ça empêche de se poser trop de questions. On est dans l’intuition autant que dans la réflexion et c’est souvent dans ces moments que de très bonnes idées émergent. L’intérêt de ce type d’évènement ce sont aussi les rencontres entre les participants, aux profils souvent différents : des connexions se font qui peuvent durer au-delà de l’événement.

Qui peut participer ?
Cette année, c’est un mélange entre les élèves du Master Parsons à Paris et des artistes, hackers, designers invités. C’est une palette assez large qui regroupe (parcourt ?) plusieurs pratiques : du collectif Dardex qui organise le Festival Gamerz (qui se tient en octobre à Aix-en-Provence), les Hehe qui sont des designers établis, RYBN qui s’occupe du festival Mal au Pixel (le festival des cultures open source) et tout un tas de gens talentueux qui travaillent avec les technologies de manière très critique. On est loin des discours positivistes ou du discours d’innovation permanente : c’est une sorte de contre-culture de l’idéologie des Start Up.

C’est pendant les 48h que dure l’événement que vont être créés les projets. Est-ce que le public aura accès à ces moments ?
Malheureusement nous ne pouvons pas ouvrir l’événement au public pendant les moments de travail mais cette phase sera documentée sur notre site internet au travers de photos et de vidéos. Le public est invité à voir le résultat de ces 48h de travail intensif lors de l’exposition de clôture de l’événement le samedi 30 août. L’exposition sera une sorte d’instantané d’un travail de recherche, d’un travail en cours. Nous ne cherchons pas à faire des projets lisses et polis surtout par rapport à ce thème ! L’exposition sera aussi présentée à Parsons, dans la galerie de l’école.

Vous invitez à la fois des artistes et des hackers. Quelle est votre définition du hacker ?
Disons que ce sont souvent les mêmes personnes : des artistes-hackers ou des hackers-artistes. Ce sont des gens qui vont travailler avec les technologies mais c’est surtout une vision, une façon de voir les choses, d’aborder les problèmes et les systèmes, qu’ils soient informatiques ou non d’ailleurs, trouver des failles et les détourner de façon créative. On retrouve l’idée du détournement des Situationnistes, ce serait une définition du hacker.

On est loin de l’image du hacker généralement véhiculée.
C’est plus l’idée du designer, hacker, maker qui va trouver des solutions à des problèmes, qui va chercher des failles. Mais pas dans l’idée, souvent véhiculée, de voler les données bancaires. Ce sont des gens qui utilisent l’électronique et la technologie comme des matériaux bruts et qui explorent de manière créative et originale les possibilités et les limites des outils. Ils en extraient ainsi une substance intéressante et ils détournent la fonction première de l’outil pour lui faire dire autre chose.

Benjamin Gaulon Art Hack Day 2014

Benjamin Gaulon pendant les Art Hack Day à la Transmediale de Berlin 2014

En plus d’organiser l’événement, vous avez une pratique artistique. Comment vous définiriez-vous ? Artiste ? Hacker ? Un peu des deux ?
Un peu tout ça : hacker, maker, artiste, enseignant. J’essaie de mélanger toutes ces pratiques. Art Hack Day en est un bon exemple. Mon nom d’artiste c’est Recyclism : je travaille sur les notions de déchet, de surconsommation technologique et ses conséquences sur l’environnement, notre rapport aux outils. Comment les pratiques artistiques peuvent remettre ça en question, comment détourner les technologies pour faire émerger une réflexion et mettre en avant les conséquences comme l’obsolescence. Je retrouve une sorte de synthèse de mon travail dans l’organisation de cet événement.

J’ai pu remarquer que vous utilisez beaucoup le glitch dans votre pratique artistique. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce médium ?
Ce qui m’intéresse c’est de lui faire dire quelque chose en l’exploitant et en poussant ses limites. Le glitch d’image révèle les modes de compression et de transport des données. Quand quelque chose ne marche pas, ça dit quelque chose sur le système ou sur la façon dont on l’utilise. Un de mes premiers projets a été un site de recyclage de poubelles d’ordinateurs. Ça a été le point de départ de mon travail avec le glitch, avec cette notion d’images abimées ou corrompues.

Le glitch est de plus en plus utilisé par les artistes numériques et prend le pas sur d’autres médiums. Est-ce que, dans un sens, ce ne serait pas une Disruptive Innovation ?
Ça en fait partie et c’est aussi une bonne façon d’interroger l’image de la technologie telle qu'elle est renvoyée par la publicité : des machines lisses qui fonctionnent bien. L’accident, l’erreur, l’échec, c’est souvent ce qui est le plus intéressant. C’est aussi une façon de ramener de l’humain dans un environnement qui se veut infaillible et lisse. Dans ce sens c’est une disruption de l’innovation, de l’outil.

D’après vous, quelle sera la prochaine "Innovation Disruptive" ?
Alors là c’est une grande question… On va voir ça après les 48h des Art Hack Day ! Je pense que pour arriver à une vraie disruption, il va falloir repenser notre système actuel. Repenser notre économie, nos systèmes de productions, l’obsolescence programmée : repenser les technologies en mettant l’humain et l’environnement au cœur de leurs développements. Sans ça on est dans un système linéaire : extraction, production, déchets. C’est un système qui n’est pas tenable…

Benjamin Gaulon nous présente son installation "Re Funct médias v.4.0" installée à la galerie Leap en 2012.

Événement Art Hack Day :
• Du 28 au 30 août 2014 à l'école Parsons Paris
• Soirée de clôture et exposition ouverte au public le 30 août à Parsons Paris dès 19h.
• Présentation des projets du Art Hack Day au festival accès(s) du 13 au 16 novembre 2014
• Suivez l'évenement sur Art Hack Day et Twitter

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• Le Art Hack Day 2014 à la Transmediale de Berlin
The Art Geek
• Laboratoire Ouvert "Mal au Pixel" par le collectif RYBN
• Festival Gamerz du 2 au 12 octobre 2014 à Aix en Provence

Liens :
• Art Hack Day sur Facebook
Art Hack Day sur Twitter
Le blog "Disnovation"

Recyclism

• Exposition personelle de Benjamin Gaulon Hack ! Detournements jusqu'au 6 septembre 2014 à l'Espace Multimedia Gantner