Les mondo movies, un concentré d’images choquantes et absurdes

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Un cimetière pour chiens en Californie, un restaurant en Chine proposant des plats à base de viande de canidés : mais où est le rapport entre des maîtres éplorés par la disparition de leur animal de compagnie et des convives qui mangent à se faire éclater la panse ? La réponse se trouve dans Mondo, un genre cinématographique très populaire dans les années 1960. Les mondo movies faisaient dans le pseudo-documentaire pour mieux illustrer les parallèles entre cultures proches et lointaines, pour nous faire comprendre que nous vivons tous sur la même planète. Même si le genre n'est plus très populaire, il y a pourtant un nouveau représentant comme par exemple Mondo Sapata.

Avec la sortie en 1962 du film italien Mondo cane (Monde de chien), le documentaire allait s’enrichir d’une facette inimaginable à l’époque, dont l’ambition était de choquer les spectateurs et de les glacer jusqu’à la moelle : le shockumentary ! Dans Mondo cane – le tout premier film du genre –, on voit des Alsaciennes gavant gaiement des oies, des Italiens se tailladant les jambes à l’aide de tessons de bouteille avant de refaire le Chemin de croix de Jésus, des tortues des mers du Sud déboussolées par les détonations des essais nucléaires, des ivrognes titubant dans le quartier chaud de Hambourg. La perte de repères et d’équilibre est aussi flagrante chez les tortues que chez les ivrognes. Mondo cane brosse le tableau d’un monde maudit, absurde, hanté par des coutumes barbares.

A l’époque, cette orgie visuelle avait pour but de déclencher un choc. Or, il n’est plus possible de provoquer de telles réactions. Le spectateur d’aujourd’hui n’est ni horrifié ni révolté par de telles images, car il est habitué à l’omniprésence de la violence dans les médias. Qui plus est, les moindres recoins de la planète ont été filmés depuis, ce qui affadit quelque peu le caractère exotique de Mondo cane. Ce film n’en reste pas moins passionnant, unique en son genre, notamment parce qu’il établit un lien presque involontairement comique entre différentes séquences grâce à un montage raffiné : notre regard s’attarde sur le décolleté d’une jeune femme qui flâne sur la Côte d’azur, avant de passer sans transition sur la poitrine nue d’une indigène qui allaite un porcelet. La juxtaposition d’éléments saugrenus doublée d’un commentaire laconique – et qui en paraît d’autant plus cynique – suggère que, quelle que soit la civilisation, le spectacle du monde est bien désolant.

Mondo cane a connu un succès mondial au début des années 1960, mais le genre auquel il a donné naissance a finalement évolué vers le folklore trash. Outre-Rhin, les films Mondo étaient projetés essentiellement dans les cinémas de gare (Bahnhofskino). Pourtant, c’est précisément dans ces salles en marge de la création cinématographique et des cinémas multiplexes que l’on trouvait une production foisonnante de films et de genres presque aussi variés et multiformes que le monde lui-même. Dans cet esprit, vive Mondo Sapata !

Michel Diester

 

À voir, à lire :

  • Pour visionner la version intégrale (en anglais) de Mondo Cane, cliquez ici.
  • Franco Prosperi , un des réalisateurs de Mondo Cane, nous expose sa vision du cinéma et du monde.
  • Pour connaître l’histoire en bref des mondo movies – c’est en anglais – cliquez ici.
  • Envie d’en savoir plus sur les films Mondo ? En voici un florilège.
  • La série Cinema Perverso se penche sur l’univers un peu glauque des cinémas de quartier.
  • Sur le site Internet de Stronzo Films, vous trouverez encore plus d’infos à propos de Mondo Sapata
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