SPEGMA Zoo

Le zoo du futur

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ARTE Creative

Des zoos avec des animaux-robots et des mammouths reconstitués à partir de fragments d’ADN ? Des zoos avec des rochers chauffés pour les fauves et des parcours suspendus au-dessus des têtes des visiteurs, dans lesquels les singes se balancent ? Notre chroniqueuse et écrivaine Ulrike Sterblich se pose la question du futur des zoos.

Dans les jardins zoologiques de Paris et Berlin, l’avenir a commencé en avril dernier. A Berlin, Bernhard Blaszkiewitz, le très controversé directeur des deux zoos de la capitale, a dû tirer sa révérence après 23 ans de bons et loyaux services. Son successeur, Andreas Knieriem, qui dirigeait auparavant le zoo Hellabrunn de Munich, est porteur de grands espoirs. Blaszkiewitz avait été décrié pour sa « résistance à l’innovation » et pour son entêtement. Le jardin zoologique situé dans l’Ouest de la capitale allemande est celui qui réunit le plus grand nombre d’espèces au monde. Un superlatif qui peut s’avérer encombrant, car le concept d’un zoo qui entasse les espèces sur un espace restreint appartient désormais au passé. A charge d’Andreas Knieriem de mettre le cap de ces deux institutions sur l’avenir.

Andreas Knieriem est le nouveau patron des zoos de Berlin.

Un avenir qui pourrait ressembler à ce qu’on peut d’ores et déjà voir à Paris. Elle aussi, la cité sur la Seine se paye le luxe d’entretenir deux zoos : la Ménagerie du Jardin des plantes, intra muros, et le Zoo de Vincennes, de l’autre côté du périphérique. Ce dernier avait fermé ses portes 5 ans durant, et vient de les rouvrir en grande pompe en avril après ravalement de fond en comble : plutôt que d’exposer les animaux selon des critères scientifiques et zoologiques (ici, les biongulés, là les félins, là-bas les oiseaux), le zoo de Vincennes a choisi de présenter la flore et la faune de cinq régions du monde : Madagascar, la Patagonie, la Guyane, le Sahel et l’Europe. Ce concept de « géo-zoo » se traduit aussi par la volonté de placer les animaux dans de grands espaces recréant peu ou prou les conditions de leur vie sauvage antérieure. Tandis que le zoo traditionnel s’attachait à montrer les animaux sur le mode d’une ménagerie, le zoo moderne suit une approche plus « holistique », présentant des biotopes dans leur entièreté. Avantage pour les visiteurs : ils ont le plaisir de la découverte. Inconvénient : bien souvent, les animaux se dérobent au regard. Dans un géo-zoo, on ne trouvera donc pas de fauves qui, comme la panthère de Rilke, tourne en rond dans sa cage au Jardin des plantes.

Oliver Kahn interprète la panthère de Rilke

Aujourd’hui à Paris, les lions qui somnolent sur des rochers chauffés se sentent sans doute encore un peu comme dans leur savane natale. Comme il était impossible, dans l’espace imparti, de mettre des éléphants et des ours dans des conditions reproduisant leur milieu naturel, les concepteurs du zoo de Vincennes ont préféré ne pas les retenir dans la liste.

Le nouveau zoo de Vincennes.

C’est vrai, le plus beau des géo-zoos n’est qu’un succédané de la vie sauvage. Dans un zoo, les visiteurs observent des animaux en captivité, dont les conditions de détention peuvent varier. Est-ce une pratique défendable ? Les réponses sont multiples. En relativisant, on peut dire que, par rapport aux conditions de milliards d’animaux domestiques et d’élevage, la vie d’un animal dans un tel zoo est un luxe inimaginable. Mais la question peut en appeler une autre : que signifie la captivité pour les animaux ? En effet, la notion même de captivité est une invention de l’homme, un concept dont les animaux se moquent bien tant qu’ils se portent bien. Dans sa savane, le lion ne dispose pas non plus de libertés illimitées, mais d’un territoire donné, déterminé par les luttes et conquêtes pour la recherche de nourriture. Et encore faut-il avoir la chance d’être un lion et non pas… une antilope ! Ou un animal dont le milieu naturel est de toutes façons en train de disparaître.

Des animaux s’expriment sur les avantages et les inconvénients de la vie dans un zoo.

On l’a compris, la ligne de défense des zoos contemporains est la protection de la nature et des espèces. Les jardins zoologiques qui œuvrent pour la conservation de la biodiversité sur des bases scientifiques sont regroupés au sein de la World Association of Zoos and Aquariums (WAZA). Cet organisme recense les populations animalières en captivité, mais aussi en milieu naturel. Reconnu dans le monde entier, disposant de réseaux importants et de moyens conséquents, il fait office de référence en matière de protection des espèces. L’idée centrale est de mettre les connaissances zoologiques acquises dans les zoos au service du règne animal en milieu naturel. Aujourd’hui, l’une des missions des jardins zoologiques consiste à soutenir les programmes de protection des espèces par leurs crédits, leur expertise et leur engagement politique.

Zoos et protection des espèces animales

Dans l’enceinte même des zoos, l’objectif est d’intéresser et de sensibiliser les visiteurs à la problématique de la conservation. C’est l’aspect éducatif. Les impressionnants jardins tropicaux couverts et les grands espaces semblent effectivement plus adaptés que les apitoyantes cages d’ours ou de singes. Le concept des ménageries du XVIIe siècle s’inverse de plus en plus : au lieu de regarder des animaux derrière des barreaux, le visiteur suit des allées sécurisées dans un safari en miniature à travers des espaces recréés dans lesquels les animaux vont et viennent librement. Comme dans la forêt tropicale Masoala au Zoo de Zurich :

La forêt tropicale Masoala au zoo de Zurich

Le zoo de zoo de Philadelphie a fait lui aussi le choix de proposer différents trails, des itinéraires sur lesquels les animaux arpentent le zoo, parfois au-dessus de la tête des visiteurs.

Animal Trails dans le zoo de Philadelphie

A l’évidence, la visite d’un zoo reste centrée sur la découverte de la nature ; si les innovations technologiques jouent un rôle, c’est seulement en coulisse. Certains zoos ont mis au point des applications qui proposent les horaires de nourriture, une carte interactive, un index des animaux et, comme le Smithonian National Zoo à Washington, des livecams sur certaines bêtes. Mais, sur place, difficile d’éviter le bestiaire que tout le monde s’attend à voir dans un zoo.

Quoique… Lors d’un symposium intitulé The Future of Zoos organisé en février 2012 conjointement par le Institute for the Study of Human-Animal Relations du Canisius College de Buffalo (Etat de New-York) et les Buffalo Zoological Gardens, il avait été question notamment du rôle des robots, des animaux génétiquement modifiés et de la paléo-génétique dans les zoos du futur. Le professeur Michael Noonan, biologiste du comportement au Canisius College avait pronostiqué dans son intervention qu’en l’espace de dix ou vingt ans, on verrait apparaître dans les zoos des animaux robots réalistes. Pour illustrer son propos, il avait montré ce film d’une grande entreprise de robotique Boston Dynamics (d’ailleurs rachetée par Google l’année dernière) :

Le « BigDog » de Boston Dynamics

Bon, même si ces robots sont étonnants et amusants, on ne saurait prétendre que les ingénieurs de Boston Dynamics ont « créé » des animaux dans le sens commun du terme. Mais c’est un début, et vu la rapidité des progrès technologiques, peut-être la robotique sera-t-elle en mesure, dans une ou deux décennies, avec le concours de costumiers holywoodiens, de présenter un animal artificiel qui trompe son monde, c’est du moins ce que pense Michael Noonan. Le « zoo de robots » pourrait en tous cas représenter une solution aux yeux de ceux qui honnissent ces lieux, mission éducative et protection des espèces ou pas. Et puis les animaux artificiels auraient l’avantage de ne pas se reproduire, de ne pas vieillir ni tomber malades ou de se livrer à des luttes de territoires, problèmes qui ne se maîtrisent qu’au prix de mesures complexes de contrôle des naissances ou de l’euthanasie de certains individus. Au zoo de Copenhague, on aborde ces inévitables problèmes dans un esprit de totale ouverture : une girafe abattue auparavant avait été donnée en pâture aux lions. Cela dit, résoudre ces problèmes signifierait du même coup renier tout ce qui fait l’authenticité de ces êtres vivants : ils ont une odeur, ils se bagarrent, ils copulent, ils meurent.

Lors de cette conférence newyorkaise sur l’avenir des zoos, il n’a pas été question que de robots, mais aussi de génie génétique, notamment de paléo-génétique, qui s’intéresse à l’ADN des espèces disparues, avec, en perspective, toutes les possibilités que ces sciences pourraient offrir un jour. Certes, on semble encore bien éloigné de pouvoir « recréer » des dinosaures, mais on spécule déjà depuis un certain temps sur le retour des mammouths.

Le retour des mammouths ?

De nombreux zoologues voient dans cette évolution un signal extrêmement contre-productif pour la préservation des espèces, craignant que le message soit grosso modo le suivant : pas grave si telle espèce disparaît, on la recréera ! Sauf que, dans la plupart des cas, l’extinction d’une espèce animale va de pair avec la disparition de son milieu naturel. Les espèces recréées n’intéresseraient alors plus que les paléo-zoos, une sorte de Grand-Guignol à la Jurassic Park.

C’est pour ces raisons que diverses fédérations d’institutions et d’entreprises scientifiques, technologiques et écologistes préfèrent miser d’emblée sur les technologies de pointe pour préserver les espèces in situ. Par exemple en mettant sous surveillance vidéo de grands troupeaux dans des régions difficiles d’accès à l’aide de drones développés spécialement à cette intention. Ce qui permet d’observer les mouvements migratoires, de déceler à un stade précoce les phénomènes de mortalité inquiétants et de dissuader les braconniers. Technology for Nature par exemple est un projet de coopération entre la vénérable Société de zoologie de Londres, le  University College de Londres et Microsoft Research. De même, le WWF, le ministère namibien de l’environnement et du tourisme et Google ont uni leurs forces pour réaliser le Wildlife Crime Technology Project. Spécialisé dans l’écologie tropicale, le magazine en ligne Mongabay finance pour sa part l’entreprise à but non lucratif ConservationDrones.

Alasdair Davies, conseiller technique de la Société zoologique de Londres, souhaite que les personnes intéressées qui sont quelque part en pleine nature et qui pourraient ainsi participer à l’observation de la vie sauvage des animaux, puissent accéder sur leurs appareils aux films réalisés dans le cadre de ces projets, comme c’est déjà possible à l’aide de l’appli « Instant Wild », et qu’elles puissent ainsi échanger leurs commentaires sur les films en question ainsi que sur les animaux observés. Cette évolution pourrait-elle donner lieu à des zoos virtuels avec des animaux réels vivant en liberté ? Ce qui est sympa aussi, c’est les caméras sous-marines. Pour voir des éléphants nager, par exemple.

Eléphant nageur dans le parc Kaeng Krachan du zoo de Zurich.

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