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Liberté et folie : les jeunes talents japonais du court-métrage d'animation japonaise

Portrait de st-creative@arte.tv
ARTE Creative

Délirant, barré, sans retenue de ton ou de style graphique … le court-métrage indépendant japonais est aujourd’hui surement l’un des plus inventifs au monde. A l’occasion du festival d’animation d’Annecy qui s'est tenu du 9 au 14 juin, ARTE Creative propose un petit inventaire de la génération montante.

Pas facile d’être cinéaste indépendant au Japon en faisant des courts-métrages d’animation. Le réalisateur Koji Yamamura symbolise pourtant un renouveau de l’animation indépendante contemporaine au Japon. En réussissant à créer son propre studio tout en travaillant pour la télévision et la réalisation de courts-métrages personnels, (dont le célèbre "Atama Yama") il a montré l’exemple à la nouvelle génération. Son influence vient aussi de son rôle de professeur à la Geidai d’où sortent beaucoup de jeunes réalisateurs/réalisatrices d’aujourd’hui. Le Japon a pendant longtemps formé ses jeunes directement dans les studios. Désormais, il compte en plus de la Geidai, des écoles comme la Tama Art University ou Yokohama Art Navi d’où sortent de nombreux talents prometteurs à qui on laisse visiblement une grande liberté.

Liberté de ton, d’univers graphique, de narration : ce sont  les mots qui viennent à l’esprit quand on parle de la nouvelle animation japonaise. Prenez par exemple le cinéma d’Atsushi Wada : ses personnages ronds se ressemblent de film en film. Le graphisme est agréable, on est séduit visuellement. Mais Wada installe très rapidement un univers de répétitions, régi à la fois par des lois simples mais qui pourtant semblent parler d’avantage à notre inconscient qu’à notre logique. Chez Wada, il est toujours question de rituels : ceux-ci ressemblent à des jeux ou bien à des prières, que ce soit ceux d’une famille autour d’un cochon géant dans  "In a pig’s eye" ou devant l’étrange Dieu lapin dans "The Great Rabbit". Quelque chose semble nous échapper dans les films de Wada si nous restons en surface. Il faut se laisser aller au-delà de l’apparente simplicité visuelle et entrer dans le labyrinthe de la mise en scène propre au réalisateur.

Identifiant Scald invalide.

Une grande partie du cinéma japonais d’animation contemporain et indépendant semble se situer dans cette frontière entre le non-dit de la réalisation et une grande force visuelle.
On retrouve cela notamment chez Kei Oyama et son "Hand soap" : une plongée dans les affres de l’adolescence. Le film a été réalisé en scannant de la peau. Il met mal à l’aise autant qu’il fascine visuellement.

Délaissant les non-dits, le cinéma de Shin Hashimoto est, lui, plus trash. Son film  "Beluga" est une adaptation déjantée et assez violente de ''La petite fille aux allumettes''.

Une autre différence majeure est la bande son : là où Oyama et Wada laissent une grande place au silence et à l’imagination du spectateur, Hashimoto remplit ses films de musiques en nous impliquant totalement dans son récit. Mirai Mizue aime également s'amuser avec la musique. Avec Atsushi Wada, est surement l’un des jeunes réalisateurs japonais les plus connus. Mizue joue avec des formes abstraites. Beaucoup d’entre elles ressemblent à des cellules. Avec un style rapidement reconnaissable,  il a commencé par des tentatives simples de narration : des monstres mangeant d’autres monstres, puis il s’est rapidement tourné vers un cinéma d’animation dans la lignée de Fischinger ou de Mc Laren. " Playground " est un bon exemple de son style. Comme son titre l’indique, l’enjeu est simple : jouer avec des formes, de la couleur et de la musique. Cela paraît simple en apparence mais demande une très grande rigueur.

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Dans ce cinéma jouant l’alliance entre images et bandes son énergiques, il faut absolument parler de Masaki Okuda. Que ce soit son film "Uncapturable ideas" emporté par une bande son jazz, "Orchestra" (co-réalisé avec Yutaro Ogawa et Ryo Okawara) dont le jeu graphique suit l’énergie d’un orchestre de musique classique ou avec "Gumboy", véritable tempête visuelle racontant l’histoire d’un petit garçon qui n’en finit pas de mâcher des chewing-gums …

Moins connu et pourtant très talentueux, le réalisateur Satoshi Murai a étudié à l’Université des Arts de la Tama. Il a peu de films à son actif mais a notamment réalisé "A Play", un clip pour le groupe ALT (dont il fait partie et pour lequel il compose souvent). Plus que de simples images d’illustration de clips, il nous entraine à travers plusieurs styles d’animation au service de la musique.

Et vous serez parmi les premiers à découvrir Yutaro Kubo, un futur grand nom de l’animation.

L’une des grandes nouveautés de cette nouvelle génération, c’est aussi la présence de plus en plus importante de réalisatrices. Trois personnalités bien différentes se sont imposées récemment. Peu connue à cause de son univers sombre, Saori Shiroki effectue un travail remarquable. Dans "The Woman who stole fingers", elle nous conte l’histoire d’une mère trop possessive qui s’inquiète pour son enfant. A travers une mise en scène jouant de manière très simple sur le rapport entre l’extérieur et l’intérieur, aussi bien au niveau de l’image que du son, la réalisatrice nous montre l’évolution de cet enfermement progressif.

Yoriko Mizushiri avec "Futon", nous propose un magnifique poème sensuel et nous plonge dans un film tout en douceur et en gourmandise le long du corps élastique d’une jeune femme. Son film a remporté le Grand Prix du dernier Festival d’Anima.

Que dire de Sawako Kabuki, sinon que vous n’avez qu’à vous laisser emporter dans son univers complètement délirant, sexuel mais pas trash,  où il est question du couple et de la difficulté de vivre ensemble …"Ici, là et partout ". Dans un pays où les courts-métrages ont peu de possibilités de trouver des subventions, de nombreux réalisateurs travaillent seuls pendant plusieurs années. Certains films sont remarqués par les festivals internationaux, c’est le cas de "Junk Head 1" de Yamiken Hori,  qui a remporté le Prix du Meilleur film d’animation lors du dernier festival de Clermont-Ferrand.

Taro Shinkai est aussi l’un de ces réalisateurs. Comme il le dit dans l’interview de "Creative + Short", il est salarié et travaille sur ses films uniquement quand il est chez lui. On retrouve chez Taro Shinkai, ce mélange entre simplicité du graphisme et univers étrange. Cette étrangeté tient beaucoup de l’utilisation de la musique, des effets sonores et du silence et nous transmet des sensations oniriques. C’est ce à quoi nous invite "Phantasm" et une grande partie de la nouvelle génération du cinéma d’animation japonais.

Identifiant Scald invalide.

Un article de Alexis Hunot, enseignant aux Gobelins, bloggeur Zewebanim.

D’autres  films 

Ryo Okawara: “insomniac”
Keita Onishi : “Forest and trees”
Eri Kawaguchi: “ Flowers and steam”

Liens
Keichii Tanaami 
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Satochi Murai
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